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1939 - 1944
Du front à la reconstitution de la division

Soldats de la Das Reich sur le front de l'est à Koursk en juillet 1943. Source : Bundesarchiv, Bild 101III-Zschaeckel-208-25 / Zschäckel Friedrich
1939 - 1944
Du front à la reconstitution de la division

Soldats de la Das Reich sur le front de l'est à Koursk en juillet 1943. Source : Bundesarchiv, Bild 101III-Zschaeckel-208-25 / Zschäckel Friedrich
En 1925, Hitler crée une nouvelle garde personnelle, la Schutzstaffel, plus connue sous l’appellation « SS ». Progressivement, elle devient une sorte « d’État dans l’État », composée de plusieurs branches, dont la branche armée qui devient la Waffen-SS en 1940.
C’est de cette branche que provient la 2e SS Panzer Division, formée par les régiments « Deutschland », « Germania » et « Der Führer », ainsi que diverses unités de génie, de transmission, de reconnaissance et de renfort. Elle va changer de nombreuses fois de nom et de commandant jusqu’à son appellation définitive : 2e SS-Panzer-Division « Das Reich ».
La division Das Reich est employée de 1939 à 1943 à de nombreuses batailles d'Ouest en Est. Après avoir subi de nombreuses pertes humaines et matérielles sur le front de l’Est, où les troupes nazies ont organisé le massacre quasi systématique des populations civiles, le pillage et l’incendie de villages, la division SS Das Reich reçoit l’ordre de rallier le sud-ouest de la France pour reconstituer la division.
En mars 1944, la division comprenait 16 051 hommes et manquait encore cruellement de matériel. Les cadres et les troupes de la division étaient tous très jeunes.
Durant les mois de mars et d’avril 1944, Heinz Lammerding et les cadres de la Das Reich s’emploient donc à instruire quelque 9 000 jeunes recrues appelés, volontaires et « Malgré nous » , parmi lesquelles de nombreux Alsaciens, des Allemands, des Hongrois, des Slovaques, des Roumains et d’anciens prisonniers soviétiques.
Ces hommes ont pour mission de « nettoyer » le Sud-Ouest de ses « terroristes », termes qu'utilisent les nazis pour qualifier les résistants et résistantes, particulièrement actifs dans cette zone. Le but de ces opérations est également de semer la terreur parmi la population afin de la dissuader de rejoindre les rangs de la Résistance
Plusieurs décrets nazis, dont l’ordonnance « Sperrle », les enjoignent à user de toute la violence possible pour parvenir à leurs fins.
1er et 2 mai 1944
Aussonne (31), Montpezat-de-Quercy (82)

Heiz Lammerding accueillant les premières troupes de la Das Reich à Toulouse, avril 1944.
1er et 2 mai 1944
Aussonne (31), Montpezat-de-Quercy (82)

Heiz Lammerding accueillant les premières troupes de la Das Reich à Toulouse, avril 1944.
À partir du mois de mai 1944 débutent les premières exactions perpétrées par la Das Reich dans le sud-ouest de la France. Celles-ci ont généralement lieu avec l’aide du service de renseignement et de police (Sipo-SD), et de l’administration française. Leurs actions de répression contre la Résistance s’accompagnent d’exécutions sommaires et aléatoires qui touchent de nombreux civils.
Dans la nuit du 30 avril au 1er mai à Aussonne, les soldats SS, qui occupaient jusqu’alors le château, pénètrent dans un pavillon voisin où vit la famille Rémi. Les soldats, se disant à la recherche de maquisards, rassemblent les habitants à l’étage et font exploser des mines au rez-de-chaussée avant de mettre le feu, de même qu’au château et dans une ferme adjacente. Ils décideront finalement d’évacuer les femmes et les enfants, mais deux d’entre eux furent tués (Victor et Irma Peloso).
Le lendemain, à Montpezat-de-Quercy, d’autres hommes de la Das Reich font le siège d’une ferme dans laquelle se cachent des résistants et en profitent pour piller et incendier les habitations et fermes alentours.
11 et 12 mai 1944
Blars (46), Cabrerets (46), Cardaillac (46), Figeac (46), Gorses (46), Grèzes (48), Lacapelle-Marival (46), Latronquière (46), Lauzès (46), Le Bourg (46), Molières (82), Orniac (46), Saint-Céré (46), Saint-Félix (46), Sousceyrac (46)

Monument élevé en 1994 à la mémoire des 540 déportés et 145 morts suite aux opérations dans la région de Figeac. Source : Wikipédia.
11 et 12 mai 1944
Blars (46), Cabrerets (46), Cardaillac (46), Figeac (46), Gorses (46), Grèzes (48), Lacapelle-Marival (46), Latronquière (46), Lauzès (46), Le Bourg (46), Molières (82), Orniac (46), Saint-Céré (46), Saint-Félix (46), Sousceyrac (46)

Monument élevé en 1994 à la mémoire des 540 déportés et 145 morts suite aux opérations dans la région de Figeac. Source : Wikipédia.
D’après les renseignements recueillis par la Sipo-SD de Montauban, le lieutenant SS Müller ordonne une vaste opération dans le Ségala et la région de Figeac (46), exécutée par des unités de la division SS Das Reich les 11 et 12 mai 1944. Sous prétexte que d’importants groupes de maquisards auraient rassemblé des armes, des munitions et des explosifs, ou que des « Espagnols rouges » seraient cachés dans la région, les forces allemandes mènent des opérations répressives dans douze villages au cours de ces deux journées.
Jean-Marie Bouygues témoigne des événements survenus à Figeac le 12 mai :
En l’espace de deux jours, les SS exécutent ou arrêtent plus de 800 personnes. Les prisonniers sont transférés à Montauban avant d’être répartis dans différentes prisons et camps d’internement. Parmi eux, 220 sont déportés en Allemagne : les hommes vers les camps de concentration de Neuengamme et de Dachau, les femmes vers celui de Ravensbrück. Cent quarante-cinq déportés ne reviendront jamais.
21 mai 1944
Dévillac (47), Frayssinet-le-Gélat (46), Fumel (47), Lacapelle-Biron (47), Monsempron-Libos (47), Montagnac-sur-Lède (47), Salles (33), Vergt-de-Biron (24)

Courrier de Raoul Marmié à sa femme pendant sa déportation depuis Lacapelle-Biron, coll. M.C. Caumière, © LandArc
21 mai 1944
Dévillac (47), Frayssinet-le-Gélat (46), Fumel (47), Lacapelle-Biron (47), Monsempron-Libos (47), Montagnac-sur-Lède (47), Salles (33), Vergt-de-Biron (24)

Courrier de Raoul Marmié à sa femme pendant sa déportation depuis Lacapelle-Biron, coll. M.C. Caumière, © LandArc
Le 21 mai, des SS du régiment Der Führer, de la division Das Reich, accompagnés par des agents de la Sipo-SD d’Agen, interviennent dans la région de Vergt-de-Biron.
Le mode opératoire des SS est organisé selon les étapes suivantes : encerclement du village par les soldats, neutralisation des centres administratifs et interrogatoire de leurs personnels ou des instituteurs afin d’obtenir des informations sur la présence de résistants ou de juifs dans la commune, rassemblement des hommes sur la place publique, fouilles, pillage et parfois incendies des habitations, tri et arrestation des suspects et des personnes en possession d’armes, même caduques, le tout réalisé dans la violence.
Certaines de ces arrestations mènent à des exécutions sommaires ou à des déportations, c’est notamment le cas à Lacapelle-Biron, où les SS encerclent le village et raflent 47 hommes qui seront déportés à Dachau et Mauthausen ; 23 d’entre eux n’en reviendront pas.
Les jours suivants, les exactions se poursuivent dans les communes de Bagnac-sur-Célé (46), Cadrieu (46), Eysses (47), Frontenac (33), Limogne-en-Quercy (46), Linac (46), Saint-Bressou (46) et Viazac (46).
Du 6 au 10 juin 1944
Altillac (19), Argenton-sur-Creuse (36), Beaulieu-sur-Dordogne (19), Beaumont (63), Betchat (09), Bretenoux (46), Castelculier (47), Saint-Pierre-de-Clairac (47), Calviac (24), Carlux (24), Carsac-Aillac (24), Cressensac (46), Espartignac (19), Fabas (09), Gagnac sur Cère (46), Girac (46), Gramat (46), Groléjac (24), Issendolus (46), Janaillat (23), Laffite-Toupière (31), Lagraulière (19), Laguenne (19), Limoges (87), Marsoulas (31), Martres-Tolosane (31), Mazères-sur-Salat (31), Mouhet (36), Noailles (19), Oradour-sur-Glane (87), Payrignac (46), Peyrillac-et-Millac (24), Reilhac (19), Sadroc (19), Sainte-Fortunade (19), Saint-Léonard-de-Noblat (87), Saint-Pardoux-la-Croisille (19), Saint-Paul (19), Salon-la-Tour (19), Seilhac (19), Terrasson (24), Thauron (23), Tulle (19), Uzerche (19)

Les ruines de l'église d’Oradour-sur-Glane, © Centre de la Mémoire d'Oradour
Du 6 au 10 juin 1944
Altillac (19), Argenton-sur-Creuse (36), Beaulieu-sur-Dordogne (19), Beaumont (63), Betchat (09), Bretenoux (46), Castelculier (47), Saint-Pierre-de-Clairac (47), Calviac (24), Carlux (24), Carsac-Aillac (24), Cressensac (46), Espartignac (19), Fabas (09), Gagnac sur Cère (46), Girac (46), Gramat (46), Groléjac (24), Issendolus (46), Janaillat (23), Laffite-Toupière (31), Lagraulière (19), Laguenne (19), Limoges (87), Marsoulas (31), Martres-Tolosane (31), Mazères-sur-Salat (31), Mouhet (36), Noailles (19), Oradour-sur-Glane (87), Payrignac (46), Peyrillac-et-Millac (24), Reilhac (19), Sadroc (19), Sainte-Fortunade (19), Saint-Léonard-de-Noblat (87), Saint-Pardoux-la-Croisille (19), Saint-Paul (19), Salon-la-Tour (19), Seilhac (19), Terrasson (24), Thauron (23), Tulle (19), Uzerche (19)

Les ruines de l'église d’Oradour-sur-Glane, © Centre de la Mémoire d'Oradour
Le 6 juin, alors que les troupes alliées débarquent sur les côtes normandes, les informations parviennent difficilement à la division Das Reich. L’état-major des armées, conforté dans son analyse par Hitler, ne voit alors dans ce débarquement qu’une diversion ne nécessitant pas une remontée massive des troupes allemandes vers la Normandie.
Les exactions se poursuivent dans les jours qui suivent avec une intensité accrue et trouvent leur point d’orgue avec la pendaison de 99 civils à Tulle le 9 juin 1944 et le massacre de la population d’Oradour-sur-Glane en Haute-Vienne le lendemain, où 643 personnes trouvent la mort.
Au total, 52 exactions distinctes sont commises entre le 6 et le 10 juin dans le sud-ouest par la Das Reich, date à laquelle la division reçoit finalement l’ordre de se mettre en route vers la Normandie.
Dans le même temps, la commune de Guéret est reconnue comme étant la première à être libérée le 7 juin par les résistants, avant sa reprise le 9 par les Allemands.
Du 10 au 30 juin 1944
Agen (47), Aiguillon (47), Antonne-et-Trigonant (24), Azerat (24), Bagnères-de-Bigorre (65), Barbaste (47), Bonrepos-sur-Aussonnelle (31), Boulazac (24), Bussière-Poitevine (87), Buzet-sur-Baïse (47), Castelmaurou (31), Caudecoste (47), Cornille (24), Dunes (40), Durance (47), Fossemagne (24), Houeillès (47), Justiniac (09), La Bachellerie (24), La Magdelaine-sur-Tarn (81), Le Born (40), Le Lardin (24), Monbalen (47), Monclar-de-Quercy (82), Nerac (47), Notre-Dame-de-Sanilhac (24), Peyrat-de-Bellac (87), Pouzac (65), Saiguède (31), Saint-Junien-la-Brégère (87), Saint-Lys (31), Saint-Pierre-de-Buzet (47), Saint-Sixte (47), Trélissac (24), Trébons (65)

En rose, les exactions commissent le 11 juin par les troupes de la Das Reich, des Hautes-Pyrénées à la Haute-Vienne.
Du 10 au 30 juin 1944
Agen (47), Aiguillon (47), Antonne-et-Trigonant (24), Azerat (24), Bagnères-de-Bigorre (65), Barbaste (47), Bonrepos-sur-Aussonnelle (31), Boulazac (24), Bussière-Poitevine (87), Buzet-sur-Baïse (47), Castelmaurou (31), Caudecoste (47), Cornille (24), Dunes (40), Durance (47), Fossemagne (24), Houeillès (47), Justiniac (09), La Bachellerie (24), La Magdelaine-sur-Tarn (81), Le Born (40), Le Lardin (24), Monbalen (47), Monclar-de-Quercy (82), Nerac (47), Notre-Dame-de-Sanilhac (24), Peyrat-de-Bellac (87), Pouzac (65), Saiguède (31), Saint-Junien-la-Brégère (87), Saint-Lys (31), Saint-Pierre-de-Buzet (47), Saint-Sixte (47), Trélissac (24), Trébons (65)

En rose, les exactions commissent le 11 juin par les troupes de la Das Reich, des Hautes-Pyrénées à la Haute-Vienne.
Au cours du mois de juin, toutes les unités qui composent la Das Reich ne reçoivent pas les mêmes ordres. Certaines d’entre elles doivent rester dans le Sud de la France afin de reprendre les territoires pris par les résistants et de continuer à assurer la sécurité entre la côte atlantique et la région des Pyrénées, tandis que d’autres remontent vers le nord le plus rapidement possible.
De ce fait, l’emprise géographique des exactions est particulièrement vaste. Ainsi, le 11 juin, 11 exactions sont commises (voir carte), notamment par des unités encore dans les Hautes-Pyrénées, pendant qu’une unité de tête tue cinq maquisards et fait un prisonnier à 500 km plus au Nord en Haute-Vienne. Dans le même temps, les civils de sept villages sont victimes d’exactions en Corrèze.
Juillet 1944
Ambrus (47), Buzet-sur-Baïse (47), Calmont (31), Durance (47), Flamarens (32), Laparade (47), Trémons (47)

Libération de Bergerac, © Musée militaire du Périgord
Juillet 1944
Ambrus (47), Buzet-sur-Baïse (47), Calmont (31), Durance (47), Flamarens (32), Laparade (47), Trémons (47)

Libération de Bergerac, © Musée militaire du Périgord
L’été 1944 est marqué par le repli progressif des forces allemandes face à l’avancée des Alliés. Cette période s’accompagne d’une intensification des actions de la Résistance qui participent activement à la libération des villes et villages du Sud-Ouest, mais aussi, en réponse, de nombreuses exactions commises par les SS envers les populations civiles. Exécutions, pendaisons, arrestations et incendies sont encore recensées entre le 1er et le 23 juillet, date de la dernière exaction connue, perpétrée à Nérac (Lot-et-Garonne).
Le retrait des troupes allemandes entraîne également l’effondrement progressif des responsables collaborationnistes de Vichy, remplacés par des autorités issues de la Résistance ou reconnues par celle-ci.
1944-1953
Entre justice et réconciliation

Procès de Bordeaux, © INTERCONTINENTALE /AFP
1944-1953
Entre justice et réconciliation

Procès de Bordeaux, © INTERCONTINENTALE /AFP
Avec la Libération progressive de la France, l’heure est à l’épuration : il s’agit de punir les responsables des crimes commis sous l’Occupation, au travers d’initiatives parfois extrajudiciaires ou de procès expéditifs organisés par les États-majors de la Résistance.
À partir d’octobre 1944, la volonté de rendre justice aux victimes s’inscrit progressivement dans un cadre judiciaire légal, incarné à l’international par le procès de Nuremberg (novembre 1945 – octobre 1946), au cours duquel sont jugés les principaux responsables du régime nazi.
Pour les crimes commis dans le Sud-Ouest de la France, deux procès importants se tiennent à Bordeaux : le premier en 1951 porte sur les pendaisons de Tulle et ne concerne que les principaux responsables SS, condamnés à mort par contumace. Le second, en 1953, juge les soldats ayant participé au massacre d’Oradour-sur-Glane. Très attendu par les survivants et les familles des victimes, il intervient cependant tardivement, dans un contexte marqué par la réconciliation nationale, le rapprochement franco-allemand et l’émergence d’une construction européenne.
Les verdicts suscitent de vives controverses : Dans le Limousin, les peines sont jugées trop clémentes, tandis qu'en Alsace, la condamnation des « Malgré-Nous », incorporés de force dans la Waffen-SS, suscite une forte mobilisation qui conduit rapidement à l'adoption d'une loi d'amnistie pour les alsaciens. Loin d’apaiser les tensions, ces procès ravivent une mémoire déjà à vif.
Plus largement, la majorité des soldats de la Das Reich échappent à une condamnation. Bien que la SS ait été jugée en tant qu’organisation criminelle au procès de Nuremberg, nombre de ses responsables ne sont jamais arrêtés, ne purgent qu'une partie de leur peine ou échappent totalement à la justice. Le commandant de la Das Reich, Heinz Lammerding, n'a quant à lui jamais été concrètement inquiété et a mené une vie confortable à Düsseldorf jusqu’à la fin de ses jours.
1953-aujourd'hui
Une mémoire inégale

Inauguration de la boîte noire d'Oradour-sur-Glane le 12 juin 2025, © B. Sadry.
1953-aujourd'hui
Une mémoire inégale

Inauguration de la boîte noire d'Oradour-sur-Glane le 12 juin 2025, © B. Sadry.